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Enfance et jeunesse

Morgane est la fille du duc Gorlois de Cornouailles et de sa femme, dame Ygerne. Elle passe la première partie de son enfance avec ses parents dans la forteresse de Tintagel, dans le duché de Cornouailles. C'est quand Uter Pendragon monte sur le trône de Bretagne que l'horizon s'obscurcit pour la fillette.
En effet, dès sa première rencontre avec dame Ygerne, Uter tombe éperdument amoureux d'elle et ne songe plus qu'à la conquérir par tous les moyens. Pour cette folie, il est prêt à engager le royaume dans une terrible guerre contre le duc de Tintagel. Cependant Merlin, le magicien et conseiller du roi veut à tout prix éviter un bain de sang, ainsi, pour aider Uter à assouvir sa passion, il use de sa magie et permet à Uter de prendre, pour une nuit l'apparence du duc. Sous les traits de son époux, Uter parvient donc à coucher avec dame Ygerne et conçoit avec elle le futur roi Arthur.
Dans le même temps, Uter ordonne à ses hommes de faire assassiner le duc pour pouvoir ensuite épouser sa veuve.

Morgane voit ainsi sa famille détruite à cause d'Uter Pendragon. Elle lui en gardera rancune toute sa vie.
Plus tard, sa mère se remarie avec le roi. Selon la tradition celtique, le nouvel époux d'une veuve doit donner en mariage les filles de celle-ci à ses plus puissants vassaux. La soeur aînée de Morgane, nommée Morgause va donc s'unir avec le roi Lot d'Orcanie. Morgane, elle, est encore une petite fille bien trop jeune pour être mariée.  Elle est donc envoyée loin de la cour pour y être éduquée en attendant de pouvoir épouser le roi Urien. Selon certaines versions, elle est envoyée dans un couvent, selon d'autres récits, elle rejoint Avalon, l'île sacrée des fées et des druides, toujours est-il que c'est durant cet exil qu'elle devient savante et qu'elle apprend la magie. Morgane est très intelligente et très douée pour les sortilèges, elle devient donc par la suite l'élève de l'enchanteur Merlin, qui lui transmet une bonne partie de ses secrets dans la forêt de Brocéliande.
Plusieurs années plus tard, Morgane est donc donnée à Urien, un seigneur venu d'un pays du nord beaucoup plus âgé qu'elle. La jeune femme n'aime pas son époux et n'hésite pas à lui être infidèle.
Mariée ou non, Morgane reste avant tout une femme d'une grande indépendance qui cultive son goût pour la liberté et l'insoumission.

 Caractéristiques du personnage

On décrit généralement Morgane comme une femme plutôt séduisante, même si sa beauté n'égale pas celle de sa grande rivale, la reine Guenièvre.
A l'instar du corbeau, animal en lequel elle se transforme souvent, Morgane a de longs cheveux noirs, c'est le trait physique qui apparaît le plus régulièrement
dans les descriptions que l'on trouve d'elle. Cependant, ce que l'on retient surtout de ce personnage, c'est sa grande intelligence et sa maîtrise de la magie, c'est d'ailleurs ce qui lui vaut son surnom de "fée". Morgane est experte dans l'art de la métamorphose, elle se change souvent en corneille ou en corbeau. Habituée à vivre dans le monde féerique, elle ne vieillit presque pas. Excellente guérisseuse, elle possède des remèdes contre la plupart blessures, excepté celles de son propre coeur. Car Morgane n'est pas une femme heureuse en amour, c'est là une autre de ses particularités.
Tout d'abord, elle est rejetée par Lancelot qui lui préfère la reine Guenièvre. Ensuite, elle est mariée contre son gré à Urien, un homme qu'elle n'aime pas. Pour finir, la plupart des hommes dont elle tombe amoureuse, comme Accolon ou Guyomar la déçoivent ou lui sont infidèles. Morgane est donc une femme solitaire et souvent malheureuse, sa frustration et ses déceptions la conduisent parfois à vouloir se venger, c'est pourquoi certains auteurs la décrivent comme un personnage négatif, plein de haine et de rancoeur.

 

Image de la fée Morgane dans les différents textes

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Morgane la fée est un personnage complexe et ambivalent, c'est à dire qu'elle peut faire à la fois le bien et le mal. Dans les textes les plus anciens, elle est généralement présentée comme une magicienne guérisseuse qui aide les chevaliers lors de leurs aventures, c'est le cas dans le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes, mais elle peut être décrite aussi comme une enchanteresse maléfique, adversaire sans scrupules d'Arthur et de ses chevaliers, qui n'hésite pas à utiliser la ruse et la fourberie pour arriver à ses fins.
Comme on l'a dit plus haut, Morgane est avant tout une femme indépendante qui ne se soumet pas aux règles et aux convenances, elle a son propre code moral et n'accepte pas toujours les valeurs de la cour du roi Arthur, c'est pourquoi les chevaliers de la Table Ronde se méfient d'elle et la craignent autant qu'ils la respectent.
D'ailleurs, Morgane ne fait pas vraiment partie de la cour du roi. Ennemie de la reine Guenièvre dont elle est l'opposé, elle rencontre le plus souvent Arthur ou les chevaliers dans la forêt ou dans son propre château.

C'est à partir du XIIIème siècle, dans le Lancelot en prose que Morgane apparaît comme un personnage vraiment maléfique, à la fois luxurieuse et fourbe. A cette époque, l'église, très puissante, a une image extrêmement négative des femmes. Morgane la fée, femme libre, indépendante et insoumise, qui de surcroit pratique la magie, ne pouvait pas être présentée comme une figure positive... Elle est en effet le symbole d'un pouvoir féminin complètement réprouvé par la société médiévale. A cette époque, l'image de la sorcière diabolique se substitue doucement à celle de l'enchanteresse bienveillante et mystérieuse.

 

 Apparitions dans les récits

La plupart du temps, Morgane est un personnage secondaire qui apparaît peu dans les textes, cependant, elle est indissociable du monde arthurien. En effet, pour le public du Moyen-Âge, Le nom de la fée Morgane est tout aussi célèbre que celui de Merlin ou du roi Arthur. Elle fait totalement partie de la légende. Aux XIIème et XIIIème siècles, on n'a pas besoin de la présenter ou de la décrire, les auditeurs des romans savent déjà qui elle est ; elle est ancrée depuis des siècles dans l'imaginaire populaire. Ainsi, même si elle n'est que brièvement évoquée dans certains romans, chacun sait qui elle est, quelle est son histoire et ce qu'elle représente. On sait aussi qu'elle joue un rôle important dans le récit, même si c'est en arrière plan des aventures héroïques du roi et de ses chevaliers.

Dans les romans de Chrétien de Troyes, Morgane apparaît ponctuellement pour aider ou soigner certains chevaliers, d'autres fois, elle fait intervenir l'une de ses servantes. Dans le Chevalier au Lion, elle fait parvenir à Yvain un onguent qui le sauve de la folie. Dans plusieurs textes décrivant la mort d'Arthur, ce dernier meurt dans les bras de sa soeur. Elle emmène sa dépouille dans l'île d'Avalon où il peut enfin goûter au repos.

Dans le cycle du Lancelot en prose écrit au XIIIème siècle, Morgane dénonce à Arthur la liaison adultère qui existe entre sa femme, Guenièvre, et son ami le chevalier Lancelot, elle provoque ainsi un grave conflit qui va troubler l'unité de la Table Ronde et la sérénité du royaume.
Dans ce même recueil, on trouve le récit du Val Sans Retour dont Morgane est la protagoniste. Trahie par son amant Guyomar, Morgane la fée cherche à se venger. Elle ensorcelle alors une vallée au coeur de la forêt de Brocéliande et tous les chevaliers infidèles qui passent par là sont condamnés à y demeurer prisonniers à jamais. En l'espace de quelques mois à peine, plus d'une centaine de preux sont à la merci de la magicienne. Ils seront finalement sauvés par Lancelot du Lac, le seul chevalier au coeur pur qui n'a jamais trahi sa bien-aimée, même en pensée.

 

Symbolique du personnage

Morgane la fée est un héritage du folklore celtique et des croyances païennes qui existaient avant le christianisme. Elle représente un monde encore barbare où les hommes ne maîtrisent pas les forces de la Nature. Elle est l'opposé de son demi-frère Arthur, roi chrétien, moderne et pleinement humain qui représente l'ordre féodal et le monde civilisé. Les chevaliers de la Table Ronde, grâce à leurs quêtes et à leurs exploits, ont pour mission d'apporter les lumières de la civilisation dans les lieux les plus reculés de Bretagne, ils doivent purifier et dominer cette nature hostile et menaçante, ce monde étrange, peuplé de créatures ténébreuses et inquiétantes, ce monde où vit Morgane.
Arthur est une figure solaire et lumineuse tandis que Morgane est un personnage sombre, mystérieux et secret que l'on associe plus volontiers à l'hiver et à la nuit. Elle est également en relation avec le cycle naturel de la vie et de la mort. Excellente guérisseuse, sa connaissance de la magie et de la nature lui confère aussi le pouvoir de donner la mort. Elle est liée au Corbeau, animal qui évoque la mort dans presque toutes les cultures du monde et elle vit la plupart du temps dans des lieux qui se trouvent aux frontières de l'Autre Monde (l'au-delà, dans la mythologie celtique). C'est également elle qui recueille Arthur lorsqu'il agonise. Elle l'emmène avec elle sur l'île d'Avalon - encore lieu appartenant à l'Autre Monde que l'on peut comparer à une sorte de royaume des morts. En revanche, de par son pouvoir de séduction et son don pour soigner, elle représente le renouveau de la vie, la régénérescence de la nature après le sommeil hivernal.
Souvent à l'origine de conflits et de chaos, Morgane est aussi celle qui apporte des remèdes et du réconfort à ceux qui sont dans la souffrance ou dans l'errance. A l'image de la Nature indomptée qui peut être aussi cruelle et mortifère que douce et abondante, Morgane la fée a deux visages, en cela, elle est insaississable. C'est sans doute la raison pour laquelle elle a été si durement jugée par les clercs chrétiens du Moyen-Âge.
Morgane, représente l'ancien monde, celui des croyances occultes, de la magie et de la force sauvage de la nature. Elle vit dans la forêt, connait les secrets des plantes et des animaux, maîtrise les éléments et possède le pouvoir de tuer ou de guérir. Elle incarne de ce fait tout ce que les hommes du Moyen-âge ne comprennent pas et ne parviennent pas à dominer, ce qui explique qu'ils se méfient d'elle et la rejettent. Cependant, même si elle n'est pas acceptée par la société médiévale, elle reste un personnage d'une grande force symbolique, riche et très attachant.
Elle est l'une des grandes figures féminines de la légende arthurienne.
La littérature médiévale, dans l'ensemble assez misogyne, n'a pas laissé pas beaucoup de place à Morgane la fée,  mais celle-ci reste très souvent présente en arrière plan des récits, soit en tant qu'opposant, soit en tant qu'adjuvant, preuve implicite que les anciennes traditions ne sont jamais totalement oubliées.

 

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