La société arthurienne à l'image de la société féodale européenne

Les romans de la Table Ronde ont ont été écrits pour la plupart entre le XIIème et le XIVème siècle, l'époque par excellence de la chevalerie et de la féodalité. Bien que les aventures du roi Arthur et de ses compagnons soient censées se dérouler à une époque antérieure, le monde dans lequel ils évoluent ressemble beaucoup à la société européenne de cette époque. Cette époque, c'est l'âge d'or de la chevalerie et les chevaliers de la Table Ronde incarnent parfaitement toutes les valeurs qu'elle véhicule. Au fil du temps et de leurs exploits, ils vont ainsi représenter une sorte d'idéal chevaleresque, des exemples illustres pour tous les autres chevaliers de ce temps.

 Déroulement de la vie de chevalier

Généralement, un chevalier est issu de la noblesse. Il est donc destiné dès sa naissance à devenir chevalier. Il passe les premières années de sa vie auprès de ses parents dans le château de sa famille mais sa formation de futur chevalier commence très tôt, parfois dès l'âge de sept ans.
Dès son septième anniversaire, le jeune garçon est envoyé chez un autre seigneur plus puissant que son père où il va devenir un page. Son apprentissage se fait loin de chez lui car pour l'aguerrir, il est important de l'éloigner des jupes de sa mère. Sa formation se déroulera donc ailleurs, la plupart du temps en compagnie d'autres jeunes garçons de la noblesse. Le jeune page a beaucoup de choses à apprendre : auprès du chapelain (le moine qui s'occupe de la chapelle du château), il apprend à lire et à écrire et il étudie les saintes écritures ; avec les dames du château, il apprend les bonnes manières et les règles de la courtoisie, mais aussi la musique et la danse car un chevalier ne doit pas être un simple guerrier ignorant et brutal, il doit être cultivé et savoir bien se comporter en société. Dans les écuries, le jeune page doit aussi apprendre à soigner les chevaux, fidèles montures de tous les chevaliers. Enfin, auprès des écuyers et des maîtres d'armes, le garçon apprend à monter à cheval et s'initie au maniement des armes.
Vers l'âge de quinze ans, le page devient un écuyer, c'est à dire "celui qui tient l'écu" et entre officiellement au service d'un seigneur. A ce moment de son apprentissage, le futur chevalier doit se préparer à l'art de la guerre. Tout en servant son seigneur, il devra s'entraîner très durement au maniement des armes, à l'équitation, à l'exercice du tournoi, du combat singulier et à de nombreuses autres techniques martiales. Il devra également accompagner son seigneur dans tous ses déplacements et aussi à la chasse, vérifier soigneusement ses armes et son équipement et toujours lui obéir. Si un seigneur part à la guerre, son écuyer doit l'accompagner et être à sa disposition jusque sur le champ de bataille. Bien souvent, il devra être très courageux pour lui prouver sa loyauté.
Au bout de quelques années, le jeune homme est enfin prêt à devenir un chevalier. Il va le devenir au cours de la cérémonie la plus importante de sa vie : l'adoubement. Après une veillée d'arme durant laquelle le futur chevalier sera resté en prière toute la nuit, il va recevoir des mains de son parrain l'accolade et l'épée qui feront de lui un véritable chevalier. C'est un moment important, un véritable rite de passage qui symbolise l'entrée du jeune homme dans la noble confrérie de la chevalerie, désormais, il devra servir le même idéal et toujours agir avec honneur.
Après son adoubement, le jeune chevalier est libre de rentrer chez les siens ou de rester au service du seigneur qui s'est chargé de son apprentissage. Il est aussi libre de se marier et de fonder une famille ou de partir en croisade, par exemple. A la mort de son père, le jeune homme héritera de son château et de ses terres et en deviendra le seigneur. Il aura droit de vie et de mort sur les habitants de son domaine, mais il devra malgré tout s'efforcer de se montrer juste et droit. En outre, il devra toujours obéir à son suzerain et à son roi et partir à la guerre à leurs côtés s'ils le lui demandent.

Les valeurs morales du chevalier

Un chevalier doit avoir une moralité parfaite. En effet, appartenir à cette confrérie signifie défendre un idéal spirituel et des valeurs morales fondées sur le courage, l'altruisme, l'honnêteté et l'excellence. Le chevalier doit être irréprochable car il fait partie d'une élite, il doit être un exemple pour le peuple qu'il dirige et qu'il protège.
Le chevalier est en premier lieu au service de Dieu. Son rôle est de protéger la chrétienté, ses valeurs et aussi les biens de l'Eglise. Il doit combattre les hérétiques et s'il le faut, il doit partir loin de chez lui au nom de sa religion, c'est ce qui se passe au moment des croisades.
Le chevalier a aussi des obligations morales vis à vis de son suzerain, à qui il doit fidélité, obéissance et assistance. Il doit respecter un code d'honneur, c'est à dire faire preuve de loyauté envers son seigneur et ne jamais le trahir ni l'abandonner même si sa propre vie est en jeu. Que ce soit en temps de paix ou en, temps de guerre, il doit lui rester fidèle jusqu'à la mort.
Enfin, le chevalier a un devoir moral envers les faibles qu'il doit toujours chercher à protéger. A l'instar de Gauvain ou d'Yvain, un chevalier doit toujours défendre ceux qui le demandent, les veuves et les orphelins, ceux qui sont injustement traités par leurs proches, par de mauvais seigneurs ou encore, par des créatures maléfiques (du moins dans les romans !). Le chevalier est un redresseur de torts, il doit faire respecter la justice du roi et de l'Eglise, où qu'il se trouve. Sur ses terres, le chevalier est un seigneur, il a droit de vie et de mort sur ses gens mais doit toujours se montrer juste et honnête. Il ne doit pas abuser de son pouvoir et doit traiter ses sujets avec respect. Il doit aussi sécuriser ses terres et protéger ses habitants contre les pillards, les brigands ou les troupes de soldats ennemis.
Vis à vis des dames, le chevalier doit également se comporter avec honneur et respect. On attend de lui qu'il soit courtois et fidèle à celle qu'il aime. Un bon chevalier ne ment pas et ne trahit pas ses promesses, c'est vrai aussi bien dans ses relations avec les femmes qu'avec ses amis, son seigneur et son roi.
Les chevaliers de la Table Ronde incarnent particulièrement bien cet idéal chevaleresque. D'ailleurs, les romans arthurien ont pendant très longtemps représenté un modèle à suivre pour tous les chevaliers d'Europe. Lancelot, Gauvain, Yvain, Perceval sont tous des chevaliers exemplaires qui mettent en pratique tous les jours les principes moraux très élevés de la chevalerie.
En revanche, lorsqu'un chevalier ne respecte pas ses obligations morales, qu'il se conduit de façon dépravée, qu'il ment ou qu'il trahit ses amis, on dit de lui que c'est un chevalier félon. La légende arthurienne compte aussi quelques exemples de félons et de traîtres, on peut citer notamment l'odieux Méléagant qui n'hésite pas à enlever la reine elle-même et qui est toujours prêt à porter des coups bas à son ennemi juré, Lancelot. On peut également évoquer le fils bâtard d'Arthur, Mordred, qui après avoir été élevé dans la haine ne recule devant aucune perfidie pour nuire à Arthur. C'est d'ailleurs lui qui cause la perte du royaume et la mort de son père.

L'équipement du chevalier

L'armure d'un chevalier est pour nous une image familière, or, elle n'a pas toujours été telle qu'on l'imagine, c'est à dire un assemblage de plaques de métal articulées entre elles. En réalité, cette version de l'armure est assez tardive, l'équipement du chevalier a en effet beaucoup évolué au fil des siècles.
La fonction essentielle de l'armure est de protéger celui qui la porte des nombreux coups que l'on peut recevoir durant une bataille, bien souvent, c'est son armure qui sauve la vie du chevalier, mais lorsqu'elle est ornée d'amoiries, elle est aussi un moyen d'identifier celui qui la porte, détail très important car au moment de raconter les exploits des guerriers, il est utile de pouvoir les reconnaître et de savoir qui a fait quoi !
Les aventures des chevaliers de la Table Ronde ont pour la plupart été écrites entre le 11ème et le 14ème siècle. A quoi ressemblait donc l'équipement du chevalier à cette époque ?
Sous son armure, le chevalier porte ce qu'on appelle un gambison, une sorte de tunique rembourrée pour amortir les chocs. C'est un vêtement fait de cuir ou de toile épaisse, le plus souvent bourré de crin. C'est une protection assez efficace contre les coups et même parfois contre les flèches ou les petites entailles. Le gambison protège également le chevalier des frottements de la cotte de maille.
Par dessus, le chevalier porte un haubert, également appelé cotte de maille, c'est une sorte de robe à capuche qui descend jusqu'aux genoux. Elle est fendue devant et derrière pour permettre au chevalier d'enfourcher son cheval sans être gêné. La cotte de maille est constituée de milliers d'anneaux en fer solidement assemblés les uns aux autres. Le chevalier porte également des chausses (pantalon) et des gants de maille. C'est une excellente protection contre les flèches et les coups d'épée, mais c'est un équipement très lourd qui peut peser jusqu'à dix kilos. Le haubert peut être renforcé par des genouillères et des gantelets de métal.
Par dessus le haubert, le guerrier porte une cotte d'arme que l'on appelle aussi surcot. Il s'agit d'une tunique de laine ou de toile qui porte les armoiries du chevalier, c'est à dire l'emblème de sa famille.
Le chevalier peut compléter son équipement par des gants de cuir très épais qui remontent sur les avants bras et, lorsqu'il ne porte pas de chausses de maille, par des bottes de cuir sur lesquelles il fixera des éperons destinés à guider son cheval.
Pour protéger sa tête, le chevalier porte un casque appelé heaume. C'est une sorte de cylindre de métal percé de fentes au niveau des yeux. C'est un casque lourd, difficile à supporter par temps chaud et qui empêche de tourner la tête aussi, beaucoup de chevaliers préfèrent-ils porter des casques ouverts munis d'un nasal, un renfort qui, comme son nom l'indique a pour but de protéger le nez.
A partir du XIVème siècle, les hauberts sont renforcés par des plaques de métal articulées qui couvrent tout le corps, c'est l'armure que l'on reconnaît au premier coup d'oeil. La poitrine est recouverte d'un plastron. Les jambes sont protégées par des cuissardes de métal articulées au niveau des genoux, le bas des jambes est recouvert par des jambières appelées grèves attachées à l'arrière des mollets par trois courroies de cuir. Les pieds sont couverts eux aussi par des plaques de métal que l'on appelle des solerets. Les bras, eux sont protégés par des épaulières et des cubitières (au niveau des coudes), elles aussi articulées, le chevalier porte aussi des gantelets de métal au niveau des mains. Le heaume quant à lui est remplacé par un autre type de casque appelé bassinet, plus moderne et plus pratique, il est muni d'une visière amovible de forme pointue.

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Les armes des chevaliers

L'arme la plus importante d'un chevalier est bien sûr son épée. C'est l'arme que le chevalier utilise lorsqu'il combat à pieds. Symbole de la chevalerie, le jeune chevalier reçoit son épée de la main de son parrain le jour de son adoubement. Certaines ont beaucoup de valeur, elles sont même parfois incrustées de pierres précieuses. L'épée a une telle importance pour le chevalier qu'il peut lui donner un nom, c'est le cas notamment de l'épée du roi Arthur qui se nomme Excalibur.
L'autre arme  importante du chevalier est la lance. C'est l'arme qu'il utilise durant les batailles ou dans les tournois lorsqu'il doit combattre à cheval. Le chevalier doit la tenir horizontalement au niveau de l'aisselle pour assurer la précision du coup. La vitesse du cheval détermine la force de l'attaque.
Autre attribut indispensable du chevalier, l'écu, un bouclier en forme de pétale (droit en haut et pointu en bas) qui traditionnellement porte le blason du chevalier (un symbole qui est l'emblème de sa famille). Avec le temps, la taille du bouclier diminue car avec les progrès techniques de l'armement, il devient de moins en moins utile. Il prend une forme ronde ou rectangulaire mais reste un support pour les blasons des chevaliers, notamment au moment des tournois.
Un chevalier peut également se servir d'autres armes comme l'arc, la hache de combat, l'arbalète, la hallebarde, la masse d'arme (un long manche de bois terminé par une lourde masse en métal), ou le féau d'arme (un manche de bois auquel sont accrochées une lourde chaîne et une masse de métal renforcée de pointes de fer).

Tournois et batailles

Pour prouver leur vaillance en temps de paix, les chevaliers s'affrontent en tournoi, c'est une façon pour eux d'éprouver leur bravoure et de montrer leur valeur de combattant devant le roi, le seigneur et aussi devant les dames de la cour. Le tournoi est un jeu violent où il peut y avoir des morts, mais c'est avant tout un moment de fête à la suite duquel on organise des banquets et des réceptions somptueuses dans les châteaux. C'est souvent au moment de ces joutes (l'autre nom du tournoi) que se nouent les alliances, les amitiés, et aussi les amours !
Les tournois sont aussi un entraînement pour les vraies batailles. Le Moyen-âge est une époque violente où les conflits sont nombreux et souvent sanglants. Localement, les seigneurs voisins se font souvent la guerre. Lorsque de grands seigneurs se déclarent guerre, leurs vassaux sont obligés d'aller combattre à leurs côtés. Le Moyen-âge a également connu de grands conflits internationaux, à cette époque, les frontières entre les différents pays étaient encore mal définies et il était fréquent que plusieurs rois revendiquent un même territoire. Ainsi, les rois de France et d'Angleterre se sont disputé pendant des siècles le duché d'Aquitaine, n'hésitant pas à entraîner leurs deux pays dans la fameuse guerre de cent ans. Enfin, le Moyen-âge est aussi l'époque des croisades. De 1195 à 1270, des milliers de chevaliers venus de toute l'Europe se sont mis en route vers l'orient dans le but de libérer Jérusalem de la présence musulmane. En Terre Sainte, les croisés, comme on les nommait alors, sont partis combattre au nom de la foi chrétienne, ils ont affronté les Turcs  dans neuf croisades successives.
Dans la légende de la Table Ronde, on trouve de nombreux récits de tournois, c'est un moyen pour les chevaliers de se faire connaître et de se couvrir de gloire. Ceux qui auront le plus brillé lors des tournois se verront confier par le roi Arthur les missions les plus périlleuses et aussi les plus gratifiantes. Gauvain est un adepte des tournois, il aime jouter par dessus tout et adore se mesurer aux autres chevaliers. Quant à Yvain, il est tellement pris par la frénésie des tournois qu'il en oublie même d'aller retrouver se femme après un an de séparation !