img018Famille

Gauvain est le fils du roi Lot d'Orcanie et de la reine Morgause.
Morgause est l'une des demi-soeurs du roi Arthur, ce qui fait de Gauvain le neveu du roi. Il est également l'aîné d'une grande fratrie, ses frères se nomment Agravain, Gahéris et Gareth. Par sa mère, qui a eu une relation incestueuse avec le roi Arthur, il est aussi le demi-frère du traître Mordred.
Il est enfin le cousin du chevalier Yvain.

Description

Gauvain est un chevalier modèle, considéré comme l'un des meilleurs chevaliers de la Table Ronde. Il est valeureux et séduisant, toujours prêt à venir en aide aux demoiselles en détresse et à accomplir des exploits retentissants. Poussé par son courage et son goût du risque, il n'hésite jamais à relever les défis les plus périlleux ou à se lancer dans de grandes aventures.
Gauvain est aussi un exemple de courtoisie. Il sait respecter les rêveries de Perceval et accueillir avec bienveillance les nouveaux arrivants à la cour du roi. Contrairement à Keu, le sénéchal du roi à la langue de vipère, il ne se moque jamais d'autrui et ne se montre pas orgueilleux malgré sa réputation. Lorsqu'il doit porter secours à quelqu'un, il le fait par devoir et non par intérêt, ainsi, lorsqu'il doit aider une demoiselle hideuse, il le fait sans se poser de questions même s'il n'est pas motivé par l'éventualité d'une conquête.
Bon vivant et toujours de bonne humeur, Gauvain est un compagnon agréable et apprécié, Yvain, notamment, ne cesse de clamer ses louanges partout où il se rend. Le roi Arthur, son oncle, lui accorde toute sa confiance au point de lui laisser quelquefois porter l'épée Excalibur et de le charger de porter secours à la reine Guenièvre, enlevée par Méléagant.
Grand redresseur de tort, il est connu dans toute la Bretagne et l'on fait souvent appel à lui pour arbitrer des conflits et rétablir la justice. Gauvain est l'un de ceux qui aident le mieux le Roi Arthur à imposer un ordre moral et à faire rayonner les valeurs chevaleresques de la Table Ronde.
Dans les romans de Chrétien de Troyes, Gauvain est présenté comme "la fleur de la chevalerie"

 

Un compagnon agréable et un grand séducteur...

Gauvain est un personnage plutôt sympathique. Non seulement il est l'un des plus grand héros de la Table Ronde, mais c'est aussi un bon vivant qui aime s'amuser et séduire. Il excelle dans l'art du tournoi, c'est lui qui persuade Yvain de laisser sa femme pendant quelques temps pour aller tournoyer avec lui à la cour du roi.

Amateur de femmes, il est toujours prêt à les secourir ou à devenir leur champion. On le voit souvent en train de conter fleurette à une demoiselle, par exemple à Lunette, la servante de Laudine dans le Chevalier au Lion. Personnage avenant et séduisant, Gauvain plaît aux femmes. Il est réputé pour avoir de nombreuses conquêtes, même s'il ne s'attache jamais à aucune d'entre elles.
Sensible à la beauté des femmes en général, il les admire au point de parfois se laisser distraire. Ainsi, lors de la quête du Graal, alors qu'il est parvenu à trouver le château du Roi Pêcheur et sur le point de réussir cette quête suprême, il se laisse troubler par la beauté de la porteuse du Graal et ne pose pas la question qui, telle une formule magique, lui aurait permis de percer le mystère et de sauver le royaume. Il n'obtient qu'une partie des réponses et laisse Perceval s'illustrer pleinenment dans cette aventure.

Gauvain est donc un chevalier d'exception mais qui, contrairement à certains de ses compagnons, se laisse parfois envahir par ses faiblesses. Des faiblesses purement humaines qui l'empêchent de prendre toute sa place dans la légende.

 

... Trop humain pour s'illustrer dans la quête du Graal ?

 A la cour d'Arthur, Gauvain est reconnu pour être un excellent chevalier ainsi qu'un compagnon valeureux et loyal. Pourtant, malgré ses nombreuses prouesses, il est toujours éclipsé par d'autres chevaliers comme Lancelot ou Perceval et n'a le premier rôle dans aucune grande aventure. Pourquoi ? Certainement parce que Gauvain est trop "normal". Malgré toute sa vaillance, il est un homme trop ordinaire pour accéder au niveau supérieur de héros de la Table Ronde.
Contrairement à Lancelot que l'amour élève au dessus de toutes choses ou à Perceval qui à force de renoncement et d'abnégation parvient à un niveau spirituel lui permettant de percer le secret du Graal, contrairement à Bohort qui sait toujours résister aux tentations de la chair pour respecter son voeu de chasteté, Gauvain, lui, reste prisonnier des plaisirs terrestres.
Il est incapable de résister au sourire d'une jolie femme, incapable de résister à l'exaltation d'un tournoi ou aux autres plaisirs mondains, incapable de renoncer à la gloire et à la renomée. Enfin, il est incapable d'oublier son ego, d'affronter la déchéance et la disgrâce qui lui permettraient, grâce aux épreuves, de progresser et d'accéder au statut de héros du Graal.
Dans tous les textes médiévaux racontant la quête du Graal, Gauvain est très vite disqualifié. Trop attaché aux valeurs terrestres et aux plaisirs de la vie, il n'a ni la volonté, ni la force morale de ne se consacrer qu'à Dieu et à une quête spirituelle. Il n'a pas la capacité - ni certainement l'envie - de s'oublier pour un but supérieur, une entreprise collective et non pas individuelle. La dimension sacrée de la quête du Graal échappe complètement à Gauvain qui n'a pas du tout le profil pour s'illustrer dans une telle aventure.

 

 Un personnage tantôt sympathique, tantôt critiqué

Gauvain est l'un des personnages de la légende arthurienne dont la réputation a le plus évolué au fil des versions et au fil des siècles. Dans les textes anciens, notamment chez Chrétien de Troyes, Gauvain est un personnage extrêmement positif. Fleuron de la chevalerie, il est le bras droit du roi Arthur, celui que l'on charge des missions de confiance, qu'il s'agisse d'aller délivrer la reine ou de sauver des jeunes filles prisonnières d'un seigneur tyranique. Même s'il n'est le héros d'aucun roman, il est un personnage aussi incontournable que le roi, toujours présent, toujours disponible pour aider les autres. Pour les chevaliers qui arrivent à la cour, Gauvain est une référence, à la fois un modèle et un ami fidèle.
Dans le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes, Gauvain, sur le point de percer le mystère du Graal se laisse distraire par la beauté de la porteuse du Graal et ne parvient à poser qu'une partie des questions qui lui auraient permis de sauver le royaume et de devenir le gardien du Graal. Malgré tout, l'auteur continue de décrire Gauvain avec bienveillance, se moquant avec légéreté de son penchant pour les femmes.

En revanche, dans les textes du XIIIème siècle, en particulier dans le cycle du Lancelot-Graal et La Mort Le Roi Artu, époque où la quête du Graal prend une dimension plus collective et plus mystique, le personnage de Gauvain est présenté comme un personnage plus sombre. Son goût des femmes et sa volonté de se couvrir de gloire ne sont plus considérés avec indulgence comme des faiblesses ordinaires et sympathiques rendant le personnage d'autant plus attachant, mais comme de graves péchés. On le décrit comme un personnage pétri d'orgueil et de démesure songeant plus à sa gloire personnelle qu'à la réussite de la quête et à la mise en place d'un idéal moral symbolisé par le Graal. Pire, les auteurs du Lancelot Graal laissent volontiers croire que Gauvain est un chevalier sans scrupules, prêt à tout pour servir sa vanité et son désir de gloire, s'adonnant parfois au mal et à la violence. Quand il le peut, il n'hésite pas à trahir ou à éliminer tout simplement ses adversaires, comme le roi Baudemagu. On pointe du doigt ses échecs, les attribuant à ses nombreux péchés et on laisse entendre que Gauvain, à cause de son incapacité à progresser dans le domaine de la morale et de la pureté, est l'un de ceux qui contribuent à l'effondrement du monde arthurien.

Grâce au personnage de Gauvain, on voit bien comment le mythe arthurien a évolué au fil du temps ainsi que la vision de la chevalerie. Les premiers romans exaltaient un idéal chevaleresque très humain, favorable à l'amour courtois et à la quête d'exploits personnels. Les romans de Chrétien de Troyes sont pleins d'humour et d'optimisme et le merveilleux, quelle que soit son origine y tient une très grande place. Dans les romans du XIIIème siècle en revanche, on sent que l'Eglise et la morale chrétienne ont imposé une autre vision des choses. Les valeurs véhiculées sont plus austères et la morale beaucoup plus sévère. Le comportement de certains chevaliers, comme Gauvain, est clairement réprouvé et d'autres personnages, comme la fée Morgane, sont purement diabolisés. Les notions de péché et de punition prennent une dimension plus importante tandis que les éléments merveilleux sont, soit rationalisés, soit adaptés à une tradition chrétienne. Les romans du XIIIème siècle se veulent plus didactiques et plus moralisateurs que ceux de Chrétien de Troyes.

 

Gauvain dans la légende arthurienne

En dehors de certains textes tardifs comme Gauvain ou le chevalier vert qui sont des ajouts indépendants et qui n'appartiennent pas vraiment au corps de la légende, Gauvain n'est le héros d'aucune aventure propre. Il fait cependant partie des personnages incontournables que l'on retrouve dans tous les textes aux côtés du roi Arthur.
Le roman où l'on parle le plus de lui est certainement Perceval ou le Conte du Graal, de Chrétien de Troyes. Une bonne partie de l'ouvrage lui est en effet consacrée. Dans ce roman, on découvre un Gauvain auréolé de gloire, toujours prêt à défendre les autres et considéré comme le meilleur redresseur de torts qui soit. Le récit de ses aventures est raconté en parallèle avec celles du héros Perceval.
Dans cet ouvrage, Gauvain est le protagoniste de nombreuses aventures merveilleuses dont il sort toujours vainqueur, jusqu'au moment où il se lance dans la quête du Graal.
Comme Perceval, Gauvain parvient jusqu'au château du roi Pêcheur et assiste au mystérieux service du Graal. Ce rituel mystérieux est une épreuve pour les chevaliers. S'ils posent les bonnes questions, ils permettront au Roi Pêcheur de guérir et sauveront son royaume de la perdition, en outre, ils deviendront à sa suite les nouveaux gardiens du Graal. En revanche, si ces questions ne sont pas posées, le malheur s'abattra sur le royaume.
Lorsqu'il assiste à l'étrange rituel, Gauvain demande pourquoi la lance qu'il voit saigne et à qui appartient le sang. Par cette simple question (qui s'apparente presque à une formule magique), il sauve le royaume du Roi Pêcheur qui était devenue une "terre gaste" (terre maudite, strérile). Il accomplit ainsi ce à quoi il était destiné, mais pas davantage. En effet, lorsqu'il voit passer le Graal, c'est le visage de la jeune fille qui le porte qui attire son attention et Gauvain se tait. Il ne permet pas au Roi Pêcheur de guérir et il n'accède pas au mystère du Graal. C'est Perceval qui y parviendra quelques temps plus tard.

Sur le plan terrestre et humain, Gauvain est donc l'un des meilleurs chevaliers du monde. Figure sympathique, il n'est toutefois pas le chevalier parfait qui mérite de conquérir le Graal. Ses nombreux défauts et faiblesses, le rendent  proche du commun des mortels et plutôt attachant, mais c'est aussi ce qui l'empêche de devenir un véritable héros, un parangon de vertu à la moralité intacte, à la fois exemplaire sur le plan des valeurs humaines mais aussi sur un plan moral et spirituel.